J’ai le plaisir d’accueillir aujourd’hui Florent Fouque pour parler avec lui d’analyse systémique. Sur son blog  http://analysesystemique.free.fr il chronique d’une manière originale les livres du personal MBA à travers des études systémiques. C’est donc l’occasion d’en savoir en petit plus sur Florent et sur ce que peut vous apporter l’analyse systémique pour réussir vos projets.

Florent va très prochainement sortir son second livre intitulé « l’anti-bible du contrôle de gestion ». vous pouvez déjà accéder aux bonus vidéo du livre en cliquant ici. Je vous chroniquerais son livre dans un prochain article.

Bonjour Florent, peux-tu te présenter pour les lecteurs de Simple Slide ?

Bonjour Olivier. Je suis Florent FOUQUE, j’ai 31 ans. Je suis consultant en optimisation des processus. À côté de cette activité, j’essaie de développer une activité d’auteur-éditeur de livres professionnels. Enfin, je tiens deux blogs (http://leansixsigma.free.fr et http://analysesystemique.free.fr )pour participer à la démocratisation des outils que je suis amené à utiliser.

Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de systémique peux-tu nous dire ce que cela recouvre et quels en sont les bénéfices ?

L’approche systémique est un champ très vaste puisque c’est un nouveau paradigme de représentation. L’approche systémique est l’antagoniste complémentaire de l’approche analytique de Descartes. Antagoniste, car ces deux approches s’opposent en tout point. Par exemple quand l’analytique va découper les problèmes en sous problèmes, la systémique va s’évertuer à conserver une vision globale. Quand l’analytique va avoir le sens du détail et de l’exhaustivité, la systémique va volontairement mettre de côté certains paramètres pour en révéler le fonctionnement global. Mais elles sont également complémentaires, car on ne peut dissocier les deux approches…

Prenons un exemple pour faire simple. Si j’ai une pizza devant moi et que j’essaie de comprendre comment la faire avec l’approche analytique, je vais en déduire une liste d’ingrédient. Avec l’approche systémique, je vais en déduire la mise en œuvre de la recette. Avec les deux approches j’obtiens tous les paramètres analytiques (la liste d’ingrédient, la température du four, le nombre de personnes, le temps de cuisson…) et la mise en œuvre de tout ça, c’est-à-dire étape par étape ce que je dois faire. Tel ingrédient doit être mélangé avec tel autre. Le sel doit être introduit au début et surtout pas à la fin… Bref avec l’analytique nous répondons à la question « de quoi s’est fait ? » alors que la systémique répond à la question « comment s’est fait ?» . Nous comprenons alors que ces deux approches sont à la fois complémentaires et antagonistes.

Le bénéfice de l’approche systémique est donc de nous permettre de voir le fonctionnement des choses, plus précisément des systèmes. Et comme il y a énormément de systèmes qui nous entourent, cette approche est très riche d’enseignement.

Peux-tu nous dire comment tu as découvert la systémique et ce qu’elle t’a apportée ?

J’ai découvert l’approche systémique il y a 3 ans, lorsque j’ai fait le Mastère Spécialisé en management de la technologie et de l’innovation où j’ai eu à étudier le Macroscope. Au début je n’avais pas perçu la portée de cet outil. Pour moi c’était simplement un outil de plus pour formaliser les processus. Puis j’ai creusé les références bibliographiques et j’ai découvert de plus en plus de propriétés systémiques, ce qui m’a permis de comprendre que la systémique permettait d’expliquer tout ce qui nous entoure.

Aujourd’hui, après la lecture d’une trentaine d’ouvrages sur la question, je peux dire que cela m’a apporté une nouvelle vision des choses. En plus, comme la systémique est très peu connue, elle me procure un élément différenciant de taille dans tout ce que je fais.

Tu es spécialiste en optimisation des processus, peux-tu nous expliquer comment tu utilises l’analyse systémique pour mettre en place et réussir un projet complexe ?

Dans les projets que je mets en œuvre, j’utilise les 3 dimensions de la systémique. D’abord sur les propriétés systémiques issues de la théorie des systèmes me permet d’avoir une meilleure intelligibilité des situations qui se jouent devant moi. Ensuite les outils de modélisation me permettent de modéliser les problèmes et de les formaliser pour pouvoir mieux les appréhender et communiquer dessus auprès de l’équipe projet. Enfin, il y a tous les outils d’action systémique dont font partie le Lean, la théorie des contraintes, la segmentuition de marché…

Quels sont les 3 points clefs à retenir pour améliorer sa manière de pensée systémique ?

Le premier point fondamental est de garder une approche globale. Quand on va dans le détail, on prend le risque de se perdre dans la masse d’information et surtout on oublie que les interactions sont plus importantes que la nature des parties. Si je reprends l’exemple de ma pizza, il est plus important de faire attention de commencer par poser la pâte pour mettre les ingrédients dessus plutôt que de s’intéresser à la taille des morceaux de jambon.

Le deuxième point clé est de comprendre que les liens de cause à effet ne sont pas linéaires, mais circulaires, si bien qu’une action A peut entrainer un comportement B qui lui-même appuiera l’action A. Les actions de cause à effets se jouent donc en boucle et fonctionne par rétroaction. Il y a deux types de boucle de rétroaction. La positive qui correspond à l’effet boule de neige. Dès que l’on constate un effet d’emballement, c’est que nous sommes face à une boucle de renforcement. Et il y a la boucle de rétroaction négative qui régule le système. Ce sont les plus difficiles à percevoir, car les effets se neutralisent par la régulation. Par exemple, le thermostat d’un chauffage régulera la température d’une pièce.

Le troisième point important est de bien distinguer la nature des éléments constitutifs du système étudié. Par exemple, il est important de ne pas faire d’amalgame entre un flux et un stock. Par exemple, la dette de la France est un stock alors que le déficit est un flux. Quand on a cerné cela, on comprend alors mieux que réduire le déficit (le débit de dette supplémentaire) ne permet pas de réduire la dette (le réservoir d’argent à rembourser). Au mieux, cela atténue l’augmentation de son niveau.

Tu vas très prochainement publier un livre intitulé « l’antibible du contrôleur de gestion »  peux tu nous dire à qui s’adresse ce livre  et ce qu’il apporte de nouveau ?

Je ne sais pas si je suis la meilleure personne pour répondre à cette question, car j’avais prédestiné mon premier livre aux managers et il se trouve que la grande majorité de mon lectorat se partage entre les consultants et les étudiants. J’imagine donc que pour ce deuxième livre les consultants et les étudiants resteront intéressés. Mais c’est vrai que j’aimerais bien que ce livre touche la communauté des contrôleurs de gestion, car le pouvoir de faire changer les choses est entre leur main.

 J’ai écrit ce livre car je n’en ai trouvé aucun, qui reprend l’ensemble des problèmes issu du contrôle de gestion pour proposer une boîte à outils alternative. Dans l’Antibible du contrôle de gestion, j’explique le fonctionnement du contrôle de gestion à l’aide de l’approche systémique. Mais j’essaie surtout d’en déceler les dysfonctionnements et de proposer une alternative plus en phase avec les contraintes d’aujourd’hui. Je sais aussi que le contrôle de gestion est par nature un sujet plutôt pompeux, alors j’ai essayé de rafraîchir tout ça en présentant de nombreuses analogies, et des illustrations qui permettent de mieux comprendre les concepts présentés.

Pour finir, je dirais qu’il y a deux niveaux de lecture dans ce livre. Pour commencer, ceux qui maîtrisent la fonction de contrôle de gestion pourront creuser la question du fonctionnement et de la nature des problèmes de la pratique actuelle de ce métier. Pour les non-initiés, je pense que l’Antibible peut constituer un ouvrage de prise de connaissance des bons réflexes à adopter à ce poste.

En plus d’être écrivain, je sais que tu lis beaucoup de livres, peux-tu nous parler du dernier livre qui t’a marqué ?

Effectivement, je lis beaucoup… Un des derniers livres que j’ai lus et qui m’a beaucoup inspiré est « L’intelligence collective en action » de Vincent Lenhardt et Philippe Bernard. Il présente la façon de construire et mettre en œuvre une vision dans l’entreprise. La vision étant un outil d’action naturellement systémique… Mais si je ne peux pas répondre à cette question sans mentionner le tome 1 de « La Méthode » d’Edgar Morin que, « La nature de la nature » que j’ai lu il y a plus d’un an et qui a radicalement transformé ma vision du monde. Avec cette œuvre Edgar Morin transcende l’approche systémique et ouvre la voie de la pensée complexe… Tout un programme !